Qu'est ce que l'Ijime...
L'Ijime est un phénomène de société japonais dont on date l'apparition au début des années 1980.
Dans la langue japonaise, « Ijime » s'écrit en hiragana, いじめ. Ce mot vient du verbe いじめる (Ijimeru), que l'on traduit par « taquiner, persécuter, tourmenter, maltraiter, asticoter . Ijime signifie ainsi « tourmenter plus faible que soi ».
Les victimes des persécutions Les victimes d'Ijime sont, en règle générale, des élèves qui se démarquent : ils peuvent être les plus petits ou les plus grands, les plus jeunes, des élèves ayant étudié à l'étranger, ayant des mauvais résultats, ou à l'inverse, de très bonnes notes, ou tout simplement quelqu'un de plus faible psychologiquement. Les raisons sont très diverses, et ne peuvent pas être clairement définies. Ainsi, les persécuteurs, si on les interroge sur les raisons qui les ont poussés à désigner untel comme cible de leurs brimades, ne savent que répondre, probablement parce qu'il est difficile pour eux de reconnaître qu'ils rejettent ceux qui leur sont différents, mais aussi parce que ces raisons ne sont pas réellement définies dans leur esprit. Nous verrons dans les sections Le stress à l'école et Peur de la différence certains éléments qui permettent de comprendre pourquoi un élève en particulier devient victime d'Ijime.
Les persécuteurs Les persécuteurs sont généralement les meneurs de la classe, ceux qui sont populaires. Mais ce sont aussi, comme nous le verrons plus tard, des élèves particulièrement sujets au stress. Quoi qu'il en soit, ces enfants n'ont généralement pas conscience de la gravité de leurs actes, et ne soupçonnent pas les conséquences que leurs persécutions peuvent avoir. En générale, ils ne ressentent pas de regret vis-à-vis de ce qu'ils ont fait. La plupart d'entre eux estiment que l'Ijime est quelque chose qui va de soi dans une société moderne. Certains considèrent même qu'il ne s'agit que d'un jeu.
Il y a en général plusieurs persécuteurs, partant du principe qu'un seul sujet isolé n'aura que peu de possibilités de répliquer contre un groupe entier.
Les élèves passifs Bien sûr, tous les élèves ne sont pas des persécuteurs, mais leur rôle est suffisament important pour que nous puissions les considérer comme des acteurs. Ils n'interviennent pas directement dans l'Ijime, mais y sont impliqués car ils cautionnent tacitement les persécutions de leurs camarades. Ainsi, 56% des lycéens savent qu'il y a des persécutions dans leur classe, mais ne réagissent pas. Ils jouent également un rôle dans l'Ijime, car, en refusant de s'interposer et en ne dénonçant pas leurs camarades, de peur de se retrouver à leur tour la cible de ces brimades, ils permettent au schéma de l'Ijime de se mettre en place. Ces élèves sont donc des « suiveurs », qui se positionnent derrière les meneurs de la classe afin de ne pas être rejetés par ces derniers.
Les professeurs Les professeurs ont un rôle très important dans l'Ijime, parce qu'ils représentent l'autorité directe, et que, en conséquence, ils sont les plus à même de mettre fin aux brimades qui ont lieu au sein des classes dont ils ont la charge. Cependant, ils ne se sentent pas réellement concernés par ce problème, tant et si bien qu'ils n'agissent pas. La plupart ont l'impression que cela ne fait pas partie de leur rôle. C'est pourquoi, dans le meilleur des cas, les professeurs nient l'existence d'un tel problème et ferment les yeux.
Mais il y a également des cas où les professeurs prennent le parti des persécuteurs. Ils les incitent à remettre l'élève « dans le droit chemin ». Nous pouvons penser qu'ils éprouvent la même répulsion à l'égard de l'enfant différent que les autres élèves de la classe.
Prenons le cas d'élèves qui ont séjourné dans un pays anglophone et qui reviennent étudier au Japon. Il est fait état de professeurs qui demandent à des élèves de reprendre l'accent japonais pour parler Anglais. Parfois, ils font subir des discriminations à ces élèves en les laissant volontairement à l'écart de la classe.
Les parents La plupart du temps, les parents de victimes d'Ijime n'apprennent que très tard le problème. Certains l'ignorent même jusqu'au moment où un évènement tragique (suicide ou meurtre, par exemple, comme nous le verrons dans les Histoires d'Ijime) ne leur fasse prendre conscience de la réalité des faits.
Evidemment, l'Ijime est une situation très difficile à accepter pour des parents. Ils peuvent ressentir un sentiment de culpabilité, pensant que ce qui arrive est de leur faute, à cause de l'éducation qu'ils ont inculquée, ou au contraire, en vouloir à cet enfant qui leur cause des soucis. Parfois, ils vont même jusqu'à l'accabler, l'accusant d'avoir cherché d'une manière ou d'une autre ce qui lui arrive. Ils se heurtent à beaucoup d'interrogations, ils cherchent par exemple à savoir pourquoi c'est précisément leur enfant qui a été pris pour cible de l'Ijime.
Même s'ils n'ignorent pas l'existence de l'Ijime dans la société japonaise, ils n'ont pour la plupart jamais envisagé que de telles persécutions puissent avoir lieu à l'encontre de leur enfant. C'est pourquoi il n'est pas rare que des parents de victimes ne se rendent pas compte de ce qui arrive à leur enfant, ne parvenant pas à voir les premiers stigmates des persécutions.
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